Témoignage: Mon histoire d’amour avec le Bénin

Mon histoire d’amour avec le BENIN a commencé il y a plusieurs années maintenant.

Un voyage au doux nom de « tourisme solidaire », grâce à Double Sens, et me voilà… chez moi ! Ce continent, ce pays, cette population, cette culture, ce sourire, cette poésie… J’ai du me tromper de continent à la naissance !

Ces gens qui vivent avec le sourire facile, la joie de vivre communicative, des notes de musique dans la tête et au bord des lèvres, des « bonjour » et « bonne arrivée » naturels, une solidarité entre eux, de vrais liens familiaux, de l’honneur et des valeurs.

Comment ne pas être ému quand tous les enfants du pays sont en joie quand ils voient un « yovo » (blanc) débarquer et le manifestent par leur chanson « yovo, yovo, bonsoir… ça va bien… merci » ?

Et ces petits bouts qui restent pantois devant la couleur de notre peau, nos veines apparentes, nos grains de beauté, nos ongles.

Et cette lumière… Quand le soleil baisse vers 18h sur la terre rouge ou sur la ville… Mon moment préféré où que je sois, que je sois à pied, en « zem », en train de marcher, de parler. Je m’arrête, je contemple, je me recharge. Et le calme. Ce calme. Le bruit tamisé, le chant des oiseaux et la nature.

On n’en revient pas indemne… Jamais… A chaque retour j’ai le mal de ce pays.

Il ne faut pas croire que ces voyages soient une goutte d’eau dans la mer. Pensée réductrice qui empêche de passer à l’acte bien souvent. Pour moi, c’est une pierre à l’édifice, qui peut sembler une poussière par moment, mais une poussière plus une poussière plus une poussière…

Ce que l’on apporte aux enfants est gravé à jamais dans leur mémoire, croyez-moi. Après il est vrai que le fait d’y retourner régulièrement, de construire sur du long terme, est mon luxe, mon projet personnel.

1ER SEJOUR A L’ORPHELINAT PEUPLE DU MONDE

Mon voyage au Bénin commence par une rencontre de taille à Abomey, celle de l’Orphelinat Peuple du Monde qui a l’époque comptait environ 150 enfants, de 2 à 17 ans, avec à sa tête Médard et Victor, que les enfants appellent respectivement, et avec beaucoup de respect, « directeur » et « secrétaire ». Chaque enfant à sa propre histoire, abandon sur le bord d’une route, enfant ayant perdu leurs parents dans des accidents de la route, du travail, ou dans un acte de violence au cours d’un vol, certains ont subi le trafic… Presque la moitié des enfants ont un frère ou une sœur à l’orphelinat. Ce qui frappe vraiment quand on met les pieds à l’orphelinat , c’est la joie de vivre qui y règne malgré tout. Un joyeux désordre au milieu d’une organisation chaotique. La première année… Ça me semble tellement loin. J’avais l’air si petite, si timide, dans ce pays… Pendant la formation à Paris, j’ai eu la révélation que je me trouvais exactement là où je devais. Et je propose, assise confortablement dans ce canapé d’un appartement parisien, forte de ma certitude d’être au bon endroit au bon moment, de monter un spectacle…

La première fois où j’ai mis les pieds à l’orphelinat, j’ai paniqué… pendant une minute tout au plus, mais quand même… Est-ce que j’ai vu trop grand ? Ai-je eu trop confiance en moi ? Tous ces enfants qui vous sautent dessus, « comment tu t’appelles ? » Chacun te pose la question et tu dois leur répondre à tous. « Fred et toi ? » et quand ils ne comprennent pas ton prénom, trop difficile ou impensable pour eux, ils répètent inlassablement « comment tu t’appelles ? » comme si tu avais répondu à côté de la question, « Fred, Fred… » « Fwed » « Oui, et toi ? » « Hospice », « Expedite », « Cunégonde », « Narcisse », « Elysée », « Pimpéran », « Amour », « Vivienne », « Bienvenue », plus de 150 noms aux consonances si éloignées des nôtres … et à retenir !

ls se battent aussi pour la moindre place au plus près de toi. Les mains, à chaque doigt, les jambes, les mollets… Et là tu te dis, vais-je être à la hauteur ? Surtout que j’étais vraiment attendue comme celle qui allait monter un spectacle. Médard se voyait déjà vendre le DVD… La positive attitude… Du calme… Déjà écrire quelque chose qui leur corresponde et qu’ils comprennent, monter la distribution en faisant en sorte que chacun respecte ton choix, sans blesser les susceptibilités et sensibilités exacerbées, mettre en scène, faire respecter les règles à 150 enfants, les horaires de répétition, l’apprentissage des textes, la mémorisation de la mise en scène… Trouver un lieu pour la représentation… Et finalement, montrer dans un lieu prêté par la mairie, un spectacle de deux heures, avec du théâtre, de la comédie musicale, des ballets… Quelle émotion.

La deuxième année, nous avons complété ce spectacle. Je n’étais là qu’une semaine, mais nous y sommes arrivés. Et les enfants adorent ça… Je leur apporte ce que je sais faire et ce que je suis…

2EME SEJOUR A BETHEDA

La deuxième année, j’ai appris que Victor avait reçu sa prothèse au Béthesda de Lokossa, et que c’était déjà Monsieur Emile, comme il l’appelle, qui l’avait soigné.

Le hasard a fait que mon deuxième voyage m’a conduit au Béthesda pour 3 semaines. Et je peux l’avouer, mon deuxième voyage m’a tout autant retournée… Si ce n’est plus… Le Béthesda est un centre d’appareillage, de rééducation et de réinsertion sociale pour les enfants handicapés. Financé par l’église, il n’existe que deux centres au Bénin dont un plus petit à Abomey. C’est un lieu de vie en communauté, qui brasse beaucoup de gens, mais très organisé. Vivre une expérience dans ce lieu est très fort et « brassant »… Je ne trouve pas d’autre mot pour expliquer ce que l’on vit en arrivant et vivant là-bas. Ce lieu m’a littéralement retournée… J’y ai vécu des sentiments, des situations fortes, chargées, indescriptibles, des sensations si fortes qu’elles resteront à jamais gravées dans mon cœur.

Les enfants du centre sont des personnes en situation de handicap physique, principalement moteur, dû notamment à des infections congénitales, des maladies invalidantes comme la poliomyélite, des accidents divers, mais certains ont aussi des troubles mentaux. Les actions thérapeutiques les plus développées sont l’installation de prothèses et la pose de plâtre avec à l’intérieur une cale en bois ou non…

Ces enfants souffrent beaucoup, une douleur physique et mentale. Douleur physique de ces cales qui leur tordent d’un coup d’un seul leurs membres, de ces plâtres très lourds et chauds, des ces heures « barbares », pour nos yeux d’occidentaux, de rééducation… Mais aussi de se voir toujours assis ou couchés alors que les autres sont debout et peuvent marcher, courir, danser…

Ils ont un grand besoin de distraction, de divertissement, d’attention, d’écoute, d’échange et de tendresse. Et je ne m’en suis pas privée ! Les enfants sont devenus fans de mes bisous, de mes câlins, alors qu’au Bénin, on se sert la main pour se saluer. Alors forcément, au début, un peu de timidité dans leurs façons de recevoir ma tendresse, puis, petit à petit, ils en redemandent. Ce sont aussi des enfants qui aiment chanter, apprendre, surtout apprendre !

Chaque matin je passais de lit en lit pour serrer la main, faire un bisou. Puis je sortais des jouets, des livres, des coloriages, un ballon, ou me lançait dans un récital, en fonction de mon humeur et surtout de ma forme physique. Parce qu’il faut avoir la pêche pour la leur donner… Et avec la chaleur ambiante, quelque fois, j’ai choisi la lecture ! Ce tour des dortoirs prend minimum 2 heures… L’après-midi, nous faisions de l’alphabétisation. Je me suis occupée des grands du CM à la 3ème. J’ai adoré leur donner des cours de mathématiques, d’anglais, de français, surtout face à leur sérieux, leur envie de bien faire, d’apprendre et de me faire plaisir. Et ma joie quand j’ai constaté que je leur avais appris quelques petites choses !

Nous avons aussi appris de nombreuses chansons. Replonger dans son enfance pour rechercher ces chansons qui nous ont fait rêver. Ils adorent chanter. Quel plaisir de les partager avec eux. A la fin de chaque cour, j’essayais de les faire s’exprimer à l’écrit. Je dis bien « essayer » parce que pour certains c’est la panique. S’exprimer, écrire en français, faire preuve d’imagination… D’autres, qui avaient plus d’aisance à l’écrit, se lançaient. Un jour je leur ai demandé de m’écrire ce qu’ils aimeraient faire quand ils seront grands et pourquoi. Les réponses furent celles de tous les enfants du monde je crois : pilote de l’avion présidentiel, chirurgien, docteur ou dessinateur, sage femme (« parce que j’aime faire des piqûres »), militaire (« parce que j’aime leur façon de marcher et de défiler »), mais surtout faire des études et gagner de l’argent…

3EME SEJOUR A BETHESDA

Et c’est d’ailleurs l’idée que j’ai repris lors de mon long séjour l’été dernier. J’ai écrit avec eux un recueil sur ce qu’ils sont, d’où ils viennent, leurs rêves, leurs peurs, comment ils se voient dans quelques années etc… Pour les chanceux qui iront en mission là-bas un exemplaire de ce recueil est à disposition à la villa !

Je vais arrêter là car je pourrais écrire des pages et des pages… Le reste je le garde précieusement et qui sait, nous en ferons peut-être un livre un jour dans le but de trouver des fonds pour notre association d’anciens voyageurs !

Africalement votre,

Tata Fred

 

 

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